Centre d’études et de recherche sur l’Inde, l’Asie du sud et sa diaspora (CERIAS)
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Récits de voyage artistiques et hypermédiatiques

Récits de voyage artistiques et hypermédiatiques :
les formes émergentes de la création et de la réflexion interdisciplinaires

Projet de recherche-création subventionné par le FQRSC

Isabelle Miron, professeure, UQÀM

Ce projet de recherche-création se propose de mettre à jour, par le biais de l’angle anthropologique, les liens pouvant être établis entre l’expérience du voyage et celle de la création littéraire et hypermédiatique. L’étude de Victor W. Turner sur le phénomène du rituel fait valoir, en cette ère technologique de surenchère et de banalisation du sens, un rapport à un système de valeurs qui met en jeu l’écrivain face à ce qu’il compte, pour lui-même autant que pour le monde, apporter par le biais de son oeuvre. Le fait de créer dans un contexte de mondialisation et de déplacement, où celui-ci ne peut plus s’appuyer sur des balises culturelles claires, ne peut que déplacer son champ de questionnement : autrefois créant en contexte relativement fermé, le créateur ici s’ouvre, avec tous les possibles, mais également avec tous les inconforts que cela suppose, à d’autres formes de compréhension du monde et de soi qui ne peuvent que questionner, influer, voire transfigurer sa posture d¹écriture.

La méthodologie A/R/Tographique permet de revisiter globalement ce processus d’écriture. Si la création littéraire n’a évidemment jamais été pensée de façon linéaire, elle est, par le biais de l’A/R/Tographie, saisie dans une totalité en constant changement, à l’image de la mondialisation. C’est-à-dire que l’écrivain voyageur, plutôt que de s’installer dans une trajectoire orientée d’avance en fonction de buts précis, avec un projet au départ relativement défini, devra apprendre une nouvelle façon d’habiter la création : le chemin, qu’il soit celui du voyage ou de la création, se fait en marchant (cf. Antonio Machado, cité par Francesco Varela, 2006).

L’apport interdisciplinaire, particulièrement celui des sciences cognitives, caractérisera le projet. Celui-ci permettra à l’écrivain à la fois de comprendre autrement, d’éprouver et d’enrichir au fur et à mesure son projet d’écriture. Si, comme nous l’apprennent les sciences cognitives, tout ce que nous percevons résulte de notre couplage avec l’environnement et non d’un point de vue séparé sur de l’information préexistante, il s’agira ici de penser la création en contexte de voyage à l’image même de la capacité de sélection et de décision qui constitue le moteur de notre logique de connaissance. Ainsi, dans un contexte hypermédiatique de changement perpétuel et de communication (presque) instantanée, l’écrivain acceptera que son oeuvre se fragmente, se reformule et se diffuse au gré des sélections et des choix effectués par des cyber-lecteurs qui, dans les réseaux sociaux et sur les blogues, lui accordent des « j’aime » et la commentent. La création hypermédiatique, qui explore les sens et les possibles par le biais de divers médiums, lui apparaîtra ainsi dépossédée. Dans ce nouveau contexte de création, instable et insécurisant, l’écrivain apprendra, par le lâcher prise, à faire acte de voyage au moyen de et à travers l’interaction virtuelle : non seulement par le biais de son oeuvre, mais également dans l’expérience même de son processus créateur, puisque tous deux se médiatiseront et se métamorphoseront continuellement.

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