Centre d’études et de recherche sur l’Inde, l’Asie du sud et sa diaspora (CERIAS)
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Les Hijra au Maharashtra : enjeux identitaires, sociaux et culturels

Projet financé par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada / Développement-Savoir

Chercheur principal :
Mathieu Boisvert, sciences des religions, UQAM

Co-chercheur :
Karine Bates, anthropologie, Université de Montréal
Yves Juvinville, École de théâtre, UQAM
Isabelle Wallach, sexologie, UQAM

1. OBJECTIF

L’objectif général de ce projet pilote est de cerner les différents éléments participant à l’élaboration de l’identité hijṛā et de faire valoir la nécessité de penser celle-ci au-delà de la seule catégorie du « troisième sexe ». La diversité des facteurs intervenant dans la construction identitaire hijṛā nous invite en effet à proposer un modèle qui mettra en lumière la complexité du devenir et de la réalité hijṛā dans la société indienne contemporaine. Conséquemment, deux sous-objectifs orientent nos travaux. Le premier, d’ordre scientifique, consiste à développer une approche interdisciplinaire embrassant à la fois les représentations imaginaires et les réalités sociales entourant cette communauté. Le deuxième, plus institutionnel, vise le développement d’un réseau de chercheurs issus de multiples institutions (canadiennes et indiennes) et invités à mettre en commun leurs expertises. Cette étude interdisciplinaire, limitée dans un premier temps à l’État indien du Maharashtra, jettera les bases d’une recherche ultérieure dont les objectifs et les paramètres appelleront un élargissement du réseau de chercheurs à la communauté académique internationale – canadienne, sud-asiatique –, et l’ouverture de son champ d’investigation à l’ensemble de la fédération indienne ainsi qu’à l’ensemble du territoire sud-asiatique.

2. CONTEXTE

Les hijṛā – communément appelées eunuques ou transgenres par les Occidentaux – constituent un groupe social visible et marginalisé. L’intégration d’un nouveau membre à cette communauté s’effectue par un rite de passage qui sert à préciser son rôle au sein d’un cadre social stratifié qui s’inspire de l’organisation familiale indienne et de la structure ascétique intra-communautaire. De plus, ce groupe social est lui-même divisé en sept « maisons » (gharaṇa) – tout comme les communautés ascétiques hindoues (akhāṛa) – chacune possédant une lignée (paramparā) distincte remontant à un fondateur réel ou imaginé. Les hijṛā occupent traditionnellement deux types de statuts dans la société : elles sont identifiées tantôt comme des travailleuses du sexe, tantôt comme agentes dotées d’un pouvoir de bénédiction (aśirvāda) au moment de la naissance d’un enfant ou d’un mariage. La marginalité des hijṛā repose donc sur un paradoxe en cela qu’elle est marquée à la fois du sceau de la pureté, en raison des « pouvoirs » qui leur sont conférées, et de l’impureté associée au métier du sexe. Suivant cette logique, il importe de souligner que les identités individuelle et collective des hijṛā mélangent des catégories généralement perçues comme opposées : hindou/musulman, sacré/profane, bénédiction/malédiction, inclusion/exclusion, légalité/illégalité, chasteté/activité sexuelle, pur/impur et masculin/féminin.

Alors que la recherche de Reddy (2005) se concentrait uniquement sur la communauté hijṛā d’Hyderabad, la nôtre propose un cadre plus large, celui du grand État du Maharashtra et, plus particulièrement, des villes de Mumbai et de Pune. Ces deux contextes ajoutent à la pertinence de notre approche. Mumbai est une mégalopole riche en diversité et attire des hijṛā de l’ensemble de l’Inde ; quant à Pune, il s’agit d’une ville plus traditionnelle où habitent des hijṛā essentiellement marathies.

Mis à part les multiples travaux sur la prévention du VIH et d’autres ITSS, les groupes hijṛā demeurent peu étudiés par la communauté académique. Dans les études recensées, cependant, la majorité des auteurs (Agrawal, 1997 ; Doniger, 2003 ; Goldman, 1993 ; Hall, 1995 ; Nanda, 1999 ; Pimpley & Sharma, 1985 ; Preston, 1987 ; Salunkhe, 1976 ; Shah, 1998 ; Sharma, 1989 ; Vyas et Shingala, 1987) s’entendent pour définir les hijṛā essentiellement en termes de sexe et de genre, et pour en dégager ainsi un critère (le « troisième sexe », ni homme ni femme) qui à la fois maintient et dépasse cette référence à la sexualité et au genre. Gayatri Reddy est la première à souligner l’importance de renouveler l’approche de l’identité hijṛā en proposant de prendre en compte d’autres catégories comme la religion, la classe ou la caste et le lien de filiation (parenté), chacune contribuant activement à construire l’identité hijṛā.

En somme, cette recherche présente une pertinence scientifique certaine du fait de s’intéresser à l’identité d’un groupe mal connu en adoptant un angle novateur. Son originalité repose largement sur la diversité des savoirs et des expertises qu’elle mobilise dans le but d’analyser une diversité de données. Prioritairement, la recherche s’organise autour de quatre volets qui sont appelés à se recouper et à s’informer les uns et les autres : Religion, Vieillissement / Aînés, Performance et performativité et Statut légal. Ainsi, le développement d’une telle approche pluridisciplinaire, aux fins d’une enquête sur un groupe social marginalisé du continent sud-asiatique, saura assurément aiguiser notre compréhension des communautés transgenres issues de l’Asie du Sud.

Suite dans le document Les Hijra au Maharashtra - Description du projet

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